Nous parlions d'amour de peur de nous parler d'autre chose, Eduard Moradpour


Auteur: Eduard Moradpour
Titre Original: Nous parlions d'amour de peur de nous parler d'autre chose
Date de Parution : 5 mars 2015
Éditeur : Michalon
ISBN: 978-2841867790
Nombre de pages : 352
Prix : 18,00 €


Quatrième de couverture : Lui, Julien, grand avocat d'affaires parisien, collectionneur, mène sa vie avec autorité et grand train, sans toutefois réussir à trouver l'idéal féminin qu'il recherche en vain. Elle, Eléonore, violoniste de talent dans un orchestre symphonique, ne réussit pas la carrière artistique qu'elle mérite tout en vivant des amours sans passion. Rien, a priori, ne semble pouvoir les rapprocher – jusqu'au jour où le destin les frappe tous deux des premières atteintes de maladies apparemment irréversibles. Leurs chemins vont se croiser à Zurich, dans une salle d'attente improbable. Tous deux veulent fuir une déchéance qui leur est insupportable. De cette rencontre fortuite et désespérée dans un lieu incertain, se produira le coup de foudre inattendu, nourri par l'art, la musique et la passion. Mais n'est-il pas déjà trop tard ?

Extrait
23 SEPTEMBRE 2013

- Excusez-moi Monsieur, je n'ai pas compris votre nom...
- Ju-li-en Ver-bais-Ma-yer, articula-t-il avec agacement, nous sommes en relation depuis deux ans et je cotise depuis deux ans...
- Ah oui, excusez-moi, les Français parlent trop vite...
Il avait prononcé «fiteu», ce qui apaisa Julien, sans le faire sourire.
- J'aimerais avoir un rendez-vous, c'est urgent.
- C'est bien pour... votre décision finale ? -Oui.
Des tapotements hésitants sur un clavier, recouverts par une toux sèche, le bruit d'un liquide versé dans un verre suivi d'une déglutition bruyante exaspérèrent Julien qui se mit à triturer son stylo, faisant claquer la petite boule du capuchon.
- Ah, la secrétaire est malade et je ne vais pas vite. Cette fois-ci, le «fiteu» n'eut aucun effet prophylactique, Julien s'énervait de plus en plus en tripotant la petite boule blanche.
- Ce vendredi 27 septembre, cela vous...
- Oui, parfait, je prendrai le premier avion pour Zurich, 12 h 30,14 h 30 dans vos locaux, chez Respectus, cela vous semble possible ? L'homme bafouilla un peu.
- Oui, euh... oui, 14 h 30, vous apportez tous les documents. N'oubliez pas le certificat médical. Euh... puis vous savez... c'est vrai que vous devez le savoir, mais certains l'oublient, vous devez rester trois jours, c'est le délai de réflexion avant l'absorption de la préparation létale.
- Je sais, je sais, merci monsieur, au revoir.
Julien appuya sur la petite touche rouge de son portable, il lui sembla que l'homme parlait encore ; il posa son téléphone devant lui sur un sous-main de cuir d'un rouge qui avait perdu au fil des années de sa vigueur, mais dont il n'avait jamais voulu se séparer. N'était-ce pas sur cet objet offert par sa mère le jour de sa thèse qu'il avait rempli son premier dossier devant son premier client ? Il regarda intensément et méthodiquement la pièce. «Beau bureau», pensa-t-il en en faisant l'inventaire, tel que l'aurait fait un visiteur qui l'aurait vu pour la première fois. Pièce carrée éclairée sur deux côtés perpendiculaires par six fenêtres occultées de stores blancs, donnant sur un balcon étroit courant sur tout le deuxième étage de cet immeuble haussmannien. On voyait par l'arrêt abrupt des moulures au plafond que la pièce avait été divisée, permettant ainsi la création d'une petite salle d'attente attenante. Son bureau, imposant, élégant, tout de verre et d'ébène, faisait face à la porte aux dimensions respectables qui s'ouvrait sur un couloir qui desservait les autres bureaux de ses collaborateurs. Il se souvint de la joie qu'il avait eue en quittant Langlois, Thimsen & Fahren après quinze années passées dans cet immeuble de verre où tous, avocats et collaborateurs, confits dans quelques mètres carrés - ah les «open-spaces» ! - partageaient regards, bruits et angoisses.


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