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Kongjui et Patjui ou la version Coréenne de Cendrillon (Vidéo)




Kongjui et Patjui est un conte populaire Coréen qui ressemble à si méprendre avec notre bien aimée Cendrillon.

A savoir qu’elle version de ce conte est à l’origine de l’autre, je suis bien incapable de vous le dire, car il faut savoir que cette histoire existe dans diverses régions du monde au Moyen-Orient, en Amérique du Nord et bien entendu en Europe et en Asie.

En Europe, le conte populaire sera transcrit par Giambattista Basile dans La gatta Cenerentola au XVIe siècle, C’est en 1697 que Charles Perrault le reprendra à son compte Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre dans le recueil Histoires ou contes du temps passé et les frères Grimm feront de même avec Aschenputtel en 1812.

Et la version Coréenne, Konjui et Patjui, pour sa part apparait sous la dynastie Joseon, ce qui ne nous aide pas beaucoup car cette dernière règnera sur la Corée de 1392 jusqu’à 1897…





J’en profite également pour vous inviter à découvrir la chaîne Youtube, chaine qui propose des contes classiques en version animés avec un style un peu manga… A vous de juger, en tout cas mon fils adore.





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La bonne affaire


Les contes de Grimm proposent une vision du monde et de l'Univers. Dans ces contes, se cache des croyances, de vieux rituels disparus. Les contes de Grimm ne sont pas que des histoires pour endormir les enfants ! Les contes portent un regard lucide sur la nature humaine. Les contes de Grimm sont libres de droits et accessibles gratuitement. Bonne Lecture.



La bonne affaire

Un paysan avait mené sa vache au marché et l'avait vendue pour sept talers. Sur le chemin du retour, il dut passer près d'un étang, et il entendit de loin les grenouilles coasser: « huit, huit, huit, huit ». « Oui, se dit-il à lui-même, elles crient sans réfléchir: c'est sept talers que j'en ai retirés, et pas huit. » Quand il approcha de l'eau, il leur cria: « Bêtes stupides que vous êtes! Le savez-vous donc mieux que moi? Ce sont sept talers, et pas huit. » Cependant, les grenouilles maintinrent leur « huit, huit, huit, huit ». « Eh bien, si vous ne voulez pas me croire, je vais vous compter l'argent », dit le paysan, en sortant l'argent de sa poche, et il leur compta les sept talers, avec à chaque fois vingt-quatre groschens pour un taler. Mais les grenouilles se moquaient de son compte et continuèrent de coasser: « huit, huit, huit, huit ». « Eh, puisque vous voulez absolument le savoir mieux que moi, vous n'avez qu'à compter vous-mêmes! » s'écria le paysan, très en colère, en jetant tout l'argent dans l'eau. Il resta là et attendit qu'elles aient fini de compter et qu'elles lui rendent ce qui lui appartenait, mais les grenouilles campaient sur leur position, continuant de coasser « huit, huit, huit, huit », et elles ne lui jetèrent pas son argent hors de l'eau. Il attendit encore un bon moment, jusqu'à ce que le soir tombe et qu'il soit obligé de rentrer chez lui, puis il dit leurs quatre vérités aux grenouilles: « Vieilles pataugeuses, grosses têtes, yeux de merlan frit que vous êtes! Vous avez une grande bouche et vous savez coasser jusqu'à ce qu'on ait mal aux oreilles, mais vous n'êtes pas capables de compter sept talers: croyez-vous que j'aie l'intention de rester ici jusqu'à ce que vous ayez terminé? » Sur ces mots, il partit, mais les grenouilles continuèrent de coasser « huit, huit, huit, huit » dans son dos, si bien qu'il rentra chez lui très contrarié.

Au bout d'un certain temps, il acquit de nouveau une vache; il la tua et calcula que s'il vendait bien la viande, il pourrait en retirer autant d'argent que ce que valaient ces deux vaches, et il lui resterait la peau en prime. Lorsqu'il arriva à la ville avec sa viande, une grande meute de chiens s'était rassemblée devant la porte de la ville, avec à sa tête un grand lévrier. Celui-ci se mit à bondir autour de sa viande en la reniflant et à aboyer: « Donne-m'en, donne-m'en! » Comme il ne semblait pas près de s'arrêter, le paysan lui dit: « Oui, je vois bien que tu dis 'donne-m'en, donne-m'en' parce que tu aimerais bien avoir un peu de ma viande, mais j'aurais l'air malin si je te la donnais! » Le chien ne répondit rien d'autre que « Donne-m'en, donne-m'en. »

-        Tu ne me la mangeras pas et tu me garantis que tes camarades que voilà ne la mangeront pas non plus?

-        Donne-m'en, donne-m'en, répondit le chien.

-        Bon, puisque tu insistes, je vais te la laisser: je te connais bien et je sais qui est ton maître. Mais je te dis une chose: dans trois jours, il faudra que j'aie mon argent, sinon tu auras des ennuis: tu n'auras qu'à venir me l'apporter au village.


Sur ces mots, il déchargea sa viande et fit demi-tour; les chiens se jetèrent dessus en aboyant à gorge déployée « donne-m'en, donne-m'en ». Le paysan entendit cela de loin et se dit: « Voilà, à présent, les voilà tous qui en veulent, mais le grand devra me rendre des comptes. »

Au bout des trois jours, le paysan se dit: « Ce soir, tu auras ton argent dans ta poche », et il était tout content. Mais personne ne vint pour le payer. « On ne peut plus compter sur personne », dit le paysan et, à bout de patience, il se rendit finalement en ville chez le boucher, à qui il exigea son argent. Celui-ci crut que c'était une plaisanterie, mais le paysan lui dit: « Fini de plaisanter, je veux mon argent: le grand chien ne vous a-t-il pas apporté il y a trois jours toute la viande de la vache que j'avais tuée?» Le boucher se mit alors en colère, attrapa un manche à balai et chassa le paysan. « Attends un peu! Il y a encore une justice dans ce monde », dit le paysan, puis il se rendit au château du roi et demanda une audience. On le conduisit auprès du roi, qui se trouvait avec sa fille, et qui lui demanda quel malheur lui était arrivé. « Ah, répondit le paysan, les grenouilles et les chiens m'ont pris mon bien, et le boucher me l'a payé en coups de bâton », et il lui raconta par le menu comment les choses s'étaient passées. La fille du roi se mit à rire à gorge déployée, et le roi dit au paysan:
-        Je ne peux te donner raison dans cette affaire, mais en revanche, tu auras ma fille pour épouse: elle n'avait encore jamais ri de sa vie avant de rire de toi, et j'avais promis de la donner en mariage à celui qui saurait la faire rire. Tu peux remercier Dieu de ton bonheur.

-        Oh, répondit le paysan, c'est que je ne veux pas d'elle, moi: je n'ai qu'une femme, chez moi, et c'est déjà bien trop. Quand je rentre à la maison, j'ai l'impression qu'il y a une femme dans tous les coins.

-        Tu es un mufle, répondit le roi, en colère.

-        Ah, majesté, répondit le paysan, que pouvez-vous attendre de la part d'un bœuf, sinon de la viande de bœuf?

-        Attends, rétorqua le roi, tu auras un autre salaire. À présent, déguerpis, mais reviens dans trois jours, et on t'en donnera cinq cents.

Quand le paysan sortit de la pièce, le garde lui dit:
-        Tu as réussi à faire rire la fille du roi, on t'aura donné quelque chose de bien?

-        Oui, je trouve aussi, dit le paysan. On va m'en donner cinq cents.

-        Ecoute, lui dit le soldat, donne-m'en un peu aussi: que vas-tu faire de tout cet argent?

-        Puisque c'est toi, tu en auras deux cents. Va te faire annoncer dans deux jours chez le roi pour qu'on te les paie.

Un Juif, qui se trouvait non loin de là et qui avait entendu leur conversation, courut après le paysan, et le retint par son habit en disant:
-        Bonté divine! Vous êtes vraiment un chanceux! Je vais vous changer votre argent, je vais vous le donner en menue monnaie: que feriez-vous de ces gros talers?

-        Youpin que tu es, dit le paysan, tu peux encore en avoir trois cents. Donne-les moi tout de suite en pièces, et dans trois jours, on te les paiera chez le roi.

Le Juif se réjouit de ce bon petit profit et apporta la somme en mauvaises pièces, dont trois valent autant que deux bonnes. Quand les trois jours furent écoulés, le paysan se présenta chez le roi, conformément à l'ordre de celui-ci.

-        Ôtez-lui son habit, dit le roi, et qu'on lui donne ses cinq cents!

-        Ah, répondit le paysan, c'est qu'ils ne sont plus à moi: j'en ai offert deux cents au garde, et le Juif m'en a changé trois cents, si bien qu'il ne me revient plus rien de droit.

Sur ces entrefaites, le soldat et le Juif entrèrent, exigeant chacun ce qu'ils avaient soutiré au paysan, et on leur donna à chacun leur part de coups. Le soldat les endura patiemment, car il en connaissait déjà le goût, mais le Juif, quant à lui, avait l'air pitoyable: « Aïe! Sont-ce là les gros talers? » Le roi ne put que rire au sujet du paysan, et comme toute sa colère était passée, il lui dit: « Comme tu as déjà perdu ta récompense avant qu'on te la donne, va dans mon trésor et prends autant d'argent que tu veux. » Le paysan ne se le fit pas dire deux fois et remplit ses grandes poches d'autant d'argent qu'elles pouvaient en contenir. Il se rendit ensuite dans une auberge et se mit à compter son argent. Le Juif l'avait suivi à pas de loup et l'entendit qui marmonnait dans sa barbe: « Voilà que ce diable de roi m'a quand-même roulé! N'aurait-il pas pu me donner l'argent lui-même? Alors, je saurais combien j'ai, mais à présent, comment puis-je savoir si c'est bien la bonne somme que j'ai prise au hasard? » « Dieu me garde, se dit le Juif, il manque de respect à notre souverain, je vais courir le dénoncer, et on me donnera une récompense, tandis que lui, il sera puni, par-dessus le marché! » Lorsque le roi eut vent des propos du paysan, il se mit en colère et ordonna au Juif d'aller chercher ce pécheur. Le Juif courut trouver le paysan:
-        Vous devez vous rendre sur-le-champ chez sa majesté, tel que vous êtes là.

-        Je sais mieux que toi ce qu'il est convenable de faire, lui répondit le paysan. Je vais d'abord me faire faire un nouvel habit. Crois-tu qu'un homme qui a beaucoup d'argent dans sa poche doive y aller vêtu de ces haillons?

Voyant que le paysan ne bougerait pas tant qu'il n'aurait pas un autre habit et craignant qu'une fois la colère du roi dissipée, il serait privé de sa récompense, le Juif lui dit: « Pour ce bref moment, je vais vous prêter un bel habit par pure amitié. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas par amour, tout de même! » Le paysan accepta, enfila l'habit du Juif et suivit celui-ci. Le roi répéta au paysan les mauvaises paroles que lui avait rapportées le Juif.

-        Ah, dit le paysan, ce que dit un Juif, c'est toujours un mensonge: aucune parole vraie ne sort de sa bouche. Le gars que voilà n'a pas toute sa tête et prétend que l'habit que je porte lui appartient.

-        Qu'est-ce que cela veut dire? Cet habit n'est-il pas à moi? se mit à crier le Juif. Ne vous l'ai-je pas prêté par pure amitié pour que vous puissiez vous présenter devant notre majesté?

À ces mots, le roi dit: « Une chose est sûre: le Juif a trompé quelqu'un, soit moi, soit le paysan », et il lui fit donner encore une belle somme en gros talers. Quant au paysan, il rentra chez lui vêtu du bel habit et avec ses belles pièces dans sa poche, et il dit: « Cette fois, j'ai réussi mon coup! »


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Les Nains magiques


Les contes de Grimm proposent une vision du monde et de l'Univers. Dans ces contes, se cache des croyances, de vieux rituels disparus. Les contes de Grimm ne sont pas que des histoires pour endormir les enfants ! Les contes portent un regard lucide sur la nature humaine. Les contes de Grimm sont libres de droits et accessibles gratuitement. Bonne Lecture.
  

Les Nains magiques

Il était un cordonnier qui, par suite de malheurs, était devenu si pauvre, qu'il ne lui restait plus de cuir que pour une seule paire de souliers. Le soir il le tailla afin de faire les souliers le lendemain matin ; puis, comme il avait une bonne conscience, il se coucha tranquillement, fit sa prière et s'endormit. Le lendemain, à son lever, il allait se mettre au travail, quand il trouva la paire de souliers toute faite sur sa table. Grande fut sa surprise ; il ne savait ce que cela voulait dire. Il prit les souliers et les considéra de tous côtés ; ils étaient si bien faits qu'ils n'y avait pas un seul point de manqué ; c'était un vrai chef-d'œuvre.
Il entra dans la boutique un chaland, auquel ces souliers plurent tant qu'il les paya plus cher que de coutume, et qu'avec cet argent le cordonnier put se procurer du cuir pour deux autres paires. Il le tailla le soir même et s'apprêtait à y travailler le lendemain matin, quand il les trouva tout faits à son réveil ; et cette fois encore les chalands ne manquèrent pas, et, avec l'argent qu'il en tira, il put acheter du cuir pour quatre autres paires. Le lendemain matin, les quatre paires étaient prêtes, et enfin tout ce qu'il taillait le soir était toujours terminé le matin suivant de façon qu'il trouva l'aisance et devint presque riche.

Un soir, aux environs de Noël, comme il venait de tailler son cuir et qu'il allait se coucher, il dit à sa femme :
- Si nous veillions cette nuit pour voir ceux qui nous aident ainsi ?

La femme y consentit et, laissant une chandelle allumée, ils se cachèrent dans la garde-robe, derrière les vêtements accrochés, et attendirent. Quand minuit sonna, deux jolis petits nains tout nus entrèrent dans la chambre, se placèrent à l'établi du cordonnier et, prenant le cuir taillé dans leurs petites mains, se mirent à piquer, à coudre à battre avec tant d'adresse et de promptitude qu'on n'y pouvait rien comprendre. Ils travaillèrent sans relâche jusqu'à ce que l'ouvrage fut terminé, et alors ils disparurent tout d'un coup.

Le lendemain, la femme dit :
- Ces petits nains nous ont enrichis ; il faut nous montrer reconnaissants. Ils doivent mourir de froid, à courir ainsi tout nus sans rien sur le corps. Sais-tu ? je vais leur coudre à chacun chemise, habit, veste et culotte et leur tricoter une paire de bas ; toi, fais-leur à chacun une paire de souliers.

L'homme approuva fort cet avis ; et le soir, quand tout fut prêt, ils placèrent ces présents sur la table au lieu de cuir taillé, et se cachèrent encore pour voir comment les nains prendraient la chose. À minuit, ils arrivèrent, et ils allaient se mettre au travail, quand, au lieu du cuir, ils trouvèrent sur la table les jolis petits vêtements. Ils témoignèrent d'abord un étonnement qui bientôt fit place à une grande joie. Ils passèrent vivement les habits et se mirent à chanter :
Ne sommes-nous pas de jolis garçons ?

Adieu cuir, souliers et chaussons !
Puis ils commencèrent à danser et à sauter par dessus les chaises et les bancs, enfin, tout en dansant ils gagnèrent la porte.
À partir de ce moment, on ne les revit plus ; mais le cordonnier continua d'être heureux le reste de ses jours, et tout ce qu'il entreprenait lui tournait à bien. 

II
Il y avait une fois une pauvre servante qui était active et propre ; elle balayait tous les jours la maison et poussait les ordures dans la rue devant la porte. Un matin, en se mettant à l'ouvrage, elle trouva une lettre par terre ; comme elle ne savait pas lire, elle posa son balai dans un coin et porta la lettre à ses maîtres : c'était une invitation de la part des nains magiques, qui la priaient d'être marraine d'un de leurs enfants. Elle ne savait que décider ; enfin, après beaucoup d'hésitations, comme on lui dit qu'il était dangereux de refuser, elle accepta.

Trois nains vinrent la chercher et la conduisirent dans une caverne de la montagne, où ils demeuraient. Tout y était d'une extrême petitesse, mais si joli et si mignon qu'on ne saurai dire combien. L'accouchée était dans un lit d'ébène incrusté de perles, avec des couvertures brodées d'or ; le berceau de l'enfant était en ivoire et sa baignoire en or massif. Après le baptême, la servante voulait retourner tout de suite chez ses maîtres, mais les nains la prièrent instamment de rester trois jours avec eux. Elle les passa en joie et en fêtes, car ces petits êtres lui faisaient le plus charmant accueil.

Au bout de trois jours, comme elle voulut absolument s'en retourner, ils lui remplirent ses poches d'or et la conduisirent jusqu'à la sortie de leur souterrain. En arrivant chez ses maîtres, elle se remit à son travail ordinaire et reprit son balai au coin même où elle l'avait laissé. Mais il sortit de la maison des étrangers qui lui demandèrent qui elle était et ce qu'elle voulait. Elle apprit alors qu'elle n'était pas restée trois jours, comme elle croyait, mais sept ans entiers chez les nains, et que pendant ce temps-là ses maîtres étaient morts.

III
Un jour les nains prirent à une femme son enfant au berceau, et mirent à la place un petit monstre qui avait une grosse tête et des yeux fixes et qui voulait sans cesse à manger et à boire. La pauvre mère alla demander conseil à sa voisine. Celle-ci lui dit qu'il fallait porter le petit monstre dans la cuisine, le poser sur le foyer, allumer du feu à côté, et faire bouillir de l'eau dans deux coquilles d'oeufs ; cela ferait rire le monstre, et si une fois il riait, il serait obligé de partir.

La femme fit ce que sa voisine lui avait dit. Dès qu'il vit les coquilles d'oeuf pleines d'eau sur le feu, le monstre s'écria :
 Je n'avais jamais vu, quoique je sois bien vieux,
Faire bouillir de l'eau dans des coquilles d'œufs.

Et il partit d'un éclat de rire. Aussitôt il survint une foule de nains qui rapportèrent l'enfant véritable, le déposèrent dans la cheminée et reprirent leur monstre avec eux.


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Les musiciens de Brême


Les contes de Grimm proposent une vision du monde et de l'Univers. Dans ces contes, se cache des croyances, de vieux rituels disparus. Les contes de Grimm ne sont pas que des histoires pour endormir les enfants ! Les contes portent un regard lucide sur la nature humaine. Les contes de Grimm sont libres de droits et accessibles gratuitement. Bonne Lecture.



Les musiciens de Brême

Un homme avait un âne qui l'avait servi fidèlement pendant longues années, mais dont les forces étaient à bout, si bien qu'il devenait chaque jour plus impropre au travail. Le maître songeait à le dépouiller de sa peau; mais l'âne, s'apercevant que le vent soufflait du mauvais côté, s'échappa et prit la route de Brême: "Là, se disait-il, je pourrai devenir musicien de la ville." Comme il avait marché quelque temps, il rencontra sur le chemin un chien de chasse qui jappait comme un animal fatigué d'une longue course. "Qu'as-tu donc à japper de la sorte, camarade? lui dit-il. "Ah!" répondit le chien, "parce que je suis vieux, que je m'affaiblis tous les jours et que je ne peux plus aller à la chasse, mon maître a voulu m'assommer; alors j'ai pris la clef des champs; mais comment ferais-je pour gagner mon pain?" - "Eh bien!" dit l'âne, "je vais à Brême pour m'y faire musicien de la ville, viens avec-moi et fais-toi aussi recevoir dans la musique. Je jouerai du luth, et toi tu sonneras les timbales." Le chien accepta et ils suivirent leur route ensemble. A peu de distance, ils trouvèrent un chat couché sur le chemin et faisant une figure triste comme une pluie de trois jours. "Qu'est-ce donc qui te chagrine, vieux frise-moustache?" lui dit l'âne. "On n'est pas de bonne humeur quand on craint pour sa tête," répondit le chat, "parce que j'avance en âge, que mes dents sont usées et que j'aime mieux rester couché derrière le poêle et filer mon rouet que de courir après les souris, ma maîtresse a voulu me noyer; je me suis sauvé à temps: mais maintenant que faire, et où aller?" - "Viens avec nous à Brême; tu t'entends fort bien à la musique nocturne, tu te feras comme nous musicien de la ville." Le chat goûta l'avis et partit avec eux. Nos vagabonds passèrent bientôt devant une cour, sur la porte de laquelle était perché un coq qui criait du haut de sa tête. "Tu nous perces la moelle des os," dit l'âne, "qu'as-tu donc à crier de la sorte?" - "J'ai annoncé le beau temps," dit le coq, "car c'est aujourd'hui le jour où Notre-Dame a lavé les chemises de l'enfant Jésus et où elle doit les sécher; mais, comme demain dimanche on reçoit ici à dîner, la maîtresse du logis est sans pitié pour moi; elle a dit à la cuisinière qu'elle me mangerait demain en potage, et ce soir il faudra me laisser couper le cou. Aussi crié-je de toute mon
haleine, pendant que je respire encore." - "Bon!" dit l'âne, "crête rouge que tu es, viens plutôt à Brême avec nous; tu trouveras partout mieux que la mort tout au moins: tu as une bonne voix, et, quand nous ferons de la musique ensemble, notre concert aura une excellente façon." Le coq trouva la proposition de son goût, et ils détalèrent tous les quatre ensemble.

Ils ne pouvaient atteindre la ville de Brême le même jour; ils arrivèrent le soir dans une forêt où ils comptaient passer la nuit. L'âne et le chien s'établirent sous un grand arbre, le chat et le coq y grimpèrent, et même le coq prit son vol pour aller se percher tout au haut, où il se trouverait plus en sûreté. Avant de s'endormir, comme il promenait son regard aux quatre vents, il lui sembla qu'il voyait dans le lointain une petite lumière; il cria à ses compagnons qu'il devait y avoir une maison à peu de distance, puisqu'on apercevait une clarté. "S'il en est ainsi," dit l'âne, "délogeons et marchons en hâte de ce côté, car cette auberge n'est nullement de mon goût." Le chien ajouta: "En effet, quelques os avec un peu de viande ne me déplairaient pas." Ils se dirigèrent donc vers le point d'où partait la lumière; bientôt ils la virent briller davantage et s'agrandir, jusqu'à ce qu'enfin ils arrivèrent en face d'une maison de brigands parfaitement éclairée. L'âne, comme le plus grand, s'approcha de la fenêtre et regarda en dedans du logis. "Que vois-tu là, grison?" lui demanda le coq. "Ce que je vois?" dit l'âne, "une table chargée de mets et de boisson, et alentour des brigands qui s'en donnent â cœur joie." - "Ce serait bien notre affaire," dit le coq. "Oui, certes!" reprit l'âne, "ah! si nous étions là!" Ils se mirent à rêver sur le moyen à prendre pour chasser les brigands; enfin ils se montrèrent. L'âne se dressa d'abord en posant ses pieds de devant sur la fenêtre, le chien monta sur le dos de l'âne, le chat grimpa sur le chien, le coq prit son vol et se posa sur la tête du chat. Cela fait, ils commencèrent ensemble leur musique à un signal donné. L'âne se mit à braire, le chien à aboyer, le chat à miauler, le coq à chanter puis ils se précipitèrent par la fenêtre dans la chambre en enfonçant les carreaux qui volèrent en éclats. Les voleurs, en entendant cet effroyable bruit, se levèrent en sursaut, ne doutant point qu'un revenant n'entrât dans la salle, et se sauvèrent tout épouvantés dans la forêt. Alors les quatre compagnons s'assirent à table, s'arrangèrent de ce qui restait, et mangèrent comme s'ils avaient dû jeûner un mois.

Quand les quatre instrumentistes eurent fini, ils éteignirent les lumières et cherchèrent un gîte pour se reposer, chacun selon sa nature et sa commodité. L'âne se coucha sur le fumier, le chien derrière la porte, le chat dans le foyer près de la cendre chaude, le coq sur une solive; et, comme ils étaient fatigués de leur longue marche, ils ne tardèrent pas à s'endormir. Après minuit, quand les voleurs aperçurent de loin qu'il n'y avait plus de clarté dans leur maison et que tout y paraissait tranquille, le capitaine dit: "Nous n'aurions pas dû pourtant nous laisser ainsi mettre en déroute," et il ordonna à un de ses gens d'aller reconnaître ce qui se passait dans la maison. Celui qu'il envoyait trouva tout en repos; il entra dans la cuisine et voulut allumer de la lumière; il prit donc une allumette, et comme les yeux brillants et en flammés du chat lui paraissaient deux charbons ardents, il en approcha l'allumette pour qu'elle prît feu. Mais le chat n'entendait pas raillerie; il lui sauta au visage et l'égratigna en jurant. Saisi d'une horrible peur, l'homme courut vers la porte pour s'enfuir; mais le chien qui était couché tout auprès, s'élança sur lui et le mordit à la jambe; comme il passait dans la cour à côté du fumier, l'une lui détacha une ruade violente avec ses pieds de derrière, tandis que le coq, réveillé par le bruit et déjà tout alerte, criait du haut de sa solive: "Kikeriki!" Le voleur courut à toutes jambes vers son capitaine et dit: "Il y a dans notre maison une affreuse sorcière qui a souillé sur moi et m'a égratigné la figure avec ses longs doigts; devant la porte est un homme armé d'un couteau, dont il m'a piqué la jambe; dans la cour se tient un monstre noir, qui m'a assommé d'un coup de massue, et au haut du toit est posé le juge qui criait: 'Amenez devant moi ce pendard!' Aussi me suis-je mis en devoir de m'esquiver." Depuis lors, les brigands n'osèrent plus s'aventurer dans la maison, et les quatre musiciens de Brême s'y trouvèrent si bien qu'ils n'en voulurent plus sortir.

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Les Trois frères


Les contes de Grimm proposent une vision du monde et de l'Univers. Dans ces contes, se cache des croyances, de vieux rituels disparus. Les contes de Grimm ne sont pas que des histoires pour endormir les enfants ! Les contes portent un regard lucide sur la nature humaine. Les contes de Grimm sont libres de droits et accessibles gratuitement. Bonne Lecture.


Les Trois frères

Un homme avait trois fils et ne possédait d'autre bien que la maison dans laquelle il demeurait. Chacun de ses fils désirait en hériter, et il ne savait comment s'y prendre pour ne faire de tort à aucun d'eux. Le mieux eût été de la vendre et d'en partager le prix entre eux; mais il ne pouvait s'y résoudre, parce que c'était la maison de ses ancêtres. Enfin il dit à ses fils: " Allez dans le monde; faites-y vos preuves; apprenez chacun un métier, et, quand vous reviendrez, celui qui montrera le mieux son savoir-faire héritera de la maison. "

La proposition leur plut; l'aîné résolut d'être maréchal-ferrant, le second barbier et le troisième maître d'armes. Ils se séparèrent après être convenus de se retrouver chez leur père à jour fixe. Chacun d'eux se mit chez un bon maître qui lui apprit son métier à fond. Le maréchal eut à ferrer les chevaux du roi; il croyait bien que la maison serait pour lui. Le barbier rasa de grands seigneurs, et il pensait bien aussi tenir la maison. Quant à l'apprenti maître d'armes, il reçut plus d'un coup de fleuret: mats il serrait les dents et ne, se laissait pas décourager: " Car, pensait-il, si j'ai peur, la maison ne sera pas pour moi. "

Quand le temps fixé fut arrivé, ils revinrent tous les trois chez leur père. Mais ils ne savaient comment faire naître l'occasion de montrer leurs talents. Comme ils causaient entre eux de leur embarras, il vint à passer un lièvre courant dans la plaine. " Parbleu, dit le barbier, celui-ci vient comme marée en carême. " Saisissant son plat à barbe et son savon, il prépara de la mousse jusqu'à ce que l'animal fut tout près, et, courant après lui, il le savonna à la course et lui rasa la moustache sans l'arrêter, sans le couper le moins du monde ni lui déranger un poil sur le reste du corps. " Voilà qui est bien, dit le père; si tes frères ne font pas mieux, la maison t'appartiendra. "

Un instant après passa une voiture de poste lancée à fond de train. " Mon père, dit le maréchal, vous allez voir ce que je sais faire. " Et, courant après la voiture, il enleva à un des chevaux en plein galop les quatre fers de ses pieds et lui en remit quatre autres. " Tu es un vrai gaillard, dit le père, et tu vaux ton frère; je ne sais en vérité comment décider entre vous deux.

Mais le troisième dit: " Mon père, accordez-moi aussi mon tour. " Et, comme il commençait à pleuvoir, il tira son épée et l'agita en tous sens sur sa tête, de manière à ne pas recevoir une seule goutte d'eau. La pluie augmenta et tomba enfin comme si on l'eût versée à seaux; il para toute l'eau avec son épée, et resta jusqu'à la fin aussi peu mouillé que s'il eût été à couvert dans sa chambre. Le père, voyant cela, ne put cacher son étonnement: " Tu l'emportes, dit-il, la maison est à toi. "

Les deux autres, pleins d'une égale admiration, approuvèrent le jugement du père. Et, comme ils s'aimaient beaucoup entre eux, ils restèrent tous trois ensemble dans la maison à exercer leur état et ils y gagnèrent beaucoup d'argent, et vécurent heureux jusqu'à un âge avancé. L'un d'eux étant mort alors, les deux autres en prirent un tel chagrin qu'ils tombèrent malades et moururent aussi. Et, à cause de leur habileté commune et de leur affection réciproque, on les enterra tous trois dans le même tombeau.

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Les trois cheveux d’or du diable


Les contes de Grimm proposent une vision du monde et de l'Univers. Dans ces contes, se cache des croyances, de vieux rituels disparus. Les contes de Grimm ne sont pas que des histoires pour endormir les enfants ! Les contes portent un regard lucide sur la nature humaine. Les contes de Grimm sont libres de droits et accessibles gratuitement. Bonne Lecture.


Les trois cheveux d’or du diable
Il était une fois une pauvre femme qui mit au inonde un fils, et comme il était coiffé quand il naquit, on lui prédit que, dans sa quatorzième année, il épouserait la fille du roi.

Sur ces entrefaites, le roi passa par le village, sans que personne le reconnût; et comme il demandait ce qu'il y avait de nouveau, on lui répondit qu'il venait de naître un enfant coiffé, que tout ce qu'il entreprendrait lui réussirait, et qu'on lui avait prédit que, lorsqu'il aurait quatorze ans, il épouserait la fille du roi.

Le roi avait un mauvais cœur, et cette prédiction le fâcha. Il alla trouver les parents du nouveau-né, et leur dit d'un air tout amical: " Vous êtes de pauvres gens, donnez-moi votre enfant, j'en aurai bien soin. " Ils refusèrent d'abord; mais l'étranger leur offrit de l'or, et ils se dirent: " Puisque l'enfant est né coiffé, ce qui arrive est pour son bien. " Ils finirent par consentir et par livrer leur fils.
Le roi le mit dans une boite, et chevaucha avec ce fardeau jusqu'au bord d'une rivière profonde où il le jeta, en pensant qu'il délivrait sa fille d'un galant sur lequel elle ne comptait guère. Mais la botte, loin de couler à fond, se mit à flotter comme un petit batelet, sans qu'il entrât dedans une seule goutte d'eau; elle alla ainsi à la dérive jusqu'à deux lieues de la capitale, et s'arrêta contre l'écluse d'un moulin. Un garçon meunier qui se trouvait là par bonheur l'aperçut et l'attira avec un croc; il s'attendait, en l'ouvrant, à y trouver de grands trésors: mais c'était un joli petit garçon, frais et éveillé. Il le porta au moulin; le meunier et sa femme, qui n'avaient pas d'enfants, reçurent celui-là comme si Dieu le leur eût envoyé. Ils traitèrent de leur mieux le petit orphelin, qui grandit chez eux en forces et en bonnes qualités.

Un jour, le roi, surpris par la pluie, entra dans le moulin et demanda au meunier si ce grand jeune homme était son fils. " Non, sire, répondit-il: c'est un enfant trouvé qui est venu dans une boîte échouer contre notre écluse, il y a quatorze ans; notre garçon meunier l'a tiré de l'eau. "

Le roi reconnut alors que c'était l'enfant né coiffé qu'il avait jeté à la rivière. " Bonnes gens, dit-il, ce jeune homme ne pourrait-il pas porter une lettre de ma part à la reine? Je lui donnerais deux pièces d'or pour sa peine.

- Comme Votre Majesté l'ordonnera, " répondirent-ils; et ils dirent au jeune homme de se tenir prêt. Le roi écrivit à la reine une lettre où il lui mandait de se saisir du messager, de le mettre à mort et de l'enterrer, de façon à ce qu'il trouvât la chose faite à son retour.

Le garçon se mit en route avec la lettre, mais il s'égara et arriva le soir dans une grande forêt. Au milieu des ténèbres, il aperçut de loin une faible lumière, et, se dirigeant de ce côté, il atteignit une petite maisonnette où il trouva une vieille femme assise près du feu. Elle parut toute surprise de voir le jeune homme et lui dit: " D'où viens-tu et que veux-tu?

- Je viens du moulin, répondit-il; je porte une lettre à la reine; j'ai perdu mon chemin, et je voudrais bien passer la nuit ici.

- Malheureux enfant, répliqua la femme, tu es tombé dans une maison de voleurs, et, s'ils te trouvent ici, c'est fait de toi.

- A la grâce de Dieu! dit le jeune homme, je n'ai pas peur; et, d'ailleurs, je suis si fatigué qu'il m'est impossible d'aller plus loin. "

Il se coucha sur un banc et s'endormit. Les voleurs rentrèrent bientôt après, et ils demandèrent avec colère pourquoi cet étranger était là. " Ah! dit la vieille, c'est un pauvre enfant qui s'est égaré dans le bois; je l'ai reçu par compassion. Il porte une lettre à la reine. "

Les voleurs prirent la lettre pour la lire, et virent qu'elle enjoignait de mettre à mort le messager. Malgré la dureté de leur cœur, ils eurent pitié du pauvre diable; leur capitaine déchira la lettre, et en mit une autre à la place qui enjoignait qu'aussitôt que le jeune homme arriverait, on lui fit immédiatement épouser la fille du roi. Puis les voleurs le laissèrent dormir sur son banc jusqu'au matin, et, quand il fut éveillé, ils lui remirent la lettre et lui montrèrent son chemin.

La reine, ayant reçu la lettre, exécuta ce qu'elle contenait: on fit des noces splendides; la fille du roi épousa l'enfant né coiffé, et, comme il était beau et aimable, elle fut enchantée de vivre avec lui.

Quelque temps après, le roi revint dans son palais; et trouva que la prédiction était accomplie et que l'enfant né coiffé avait épousé sa fille. " Comment cela s'est-il fait? dit-il; j'avais donné dans ma lettre un ordre tout différent. " La reine lui montra la lettre , et lui dit qu'il pouvait voir ce qu'elle contenait. Il la lut et vit bien qu'on avait changé la sienne.

Il demanda au jeune homme ce qu'était devenue la lettre qu'il lui avait confiée, et pourquoi il en avait remis une autre. " Je n'en sais rien, répliqua celui-ci; il faut qu'on l'ait changée la nuit, quand j'ai couché dans la forêt. "

Le roi en colère lui dit: " Cela ne se passera pas ainsi. Celui qui prétend à ma fille doit me rapporter de l'enfer trois cheveux d'or de la tête du diable. Rapporte-les-moi, et ma fille t'appartiendra. " Le roi espérait bien qu'il ne reviendrait jamais d'une pareille commission.
Le jeune homme répondit: " Le diable ne me fait pas peur; j'irai chercher les trois cheveux d'or. " Et il prit congé du roi et se mit en route.

Il arriva devant une grande ville. A la porte, la sentinelle lui demanda quel était son état et ce qu'il savait:

" Tout, répondit-il.

- Alors, dit la sentinelle, rends-nous le service de nous apprendre pourquoi la fontaine de notre marché, qui nous donnait toujours du vin, s'est desséchée et ne fournit même plus d'eau.

- Attendez, répondit-il, je vous le dirai à mon retour. "

Plus loin, il arriva devant une autre ville. La sentinelle de la porte lui demanda son état et ce qu'il savait.

" Tout, répondit-il.
- Rends-nous alors le service de nous apprendre pourquoi le grand arbre de notre ville, qui nous rapportait des pommes d'or, n'a plus même de feuilles.

- Attendez, répondit-il, je vous le dirai à mon retour. "

Plus loin encore il arriva devant une grande rivière qu'il s'agissait de passer. Le passager lui demanda son état et ce qu'il savait. , Tout, répondit-il.

- Alors, dit le passager, rends-moi le service de m'apprendre si je dois toujours rester à ce poste, sans jamais être relevé.

- Attends, répondit-il, je te le dirai à mon retour. "

De l'autre côté de l'eau, il trouva la bouche de l'enfer. Elle était noire et enfumée. Le diable n'était pas chez lui; il n'y avait que son hôtesse, assise dans un large fauteuil. " Que demandes-tu? lui dit-elle d'un ton assez doux.

" Il me faut trois cheveux d'or de la tête du diable, sans quoi je n'obtiendrai pas ma femme.

- C'est beaucoup demander, dit-elle, et si le diable t'aperçoit quand il rentrera, tu passeras un mauvais quart d'heure. Cependant tu m'intéresses, et je vais tâcher de te venir en aide. "

Elle le changea en fourmi et lui dit: " Monte dans les plis de ma robe; là tu seras en sûreté

- Merci, répondit-il, voilà qui va bien; mais j'aurais besoin en outre de savoir trois choses: pourquoi une fontaine qui versait toujours du vin ne fournit même plus d'eau; pourquoi un arbre qui portait des pommes d'or n'a plus même de feuilles; et si un certain passager doit toujours rester à son poste sans jamais être relevé.

- Ce sont trois questions difficiles, dit-elle; mais tiens-toi bien tranquille, et sois attentif à ce que le diable dira quand je lui arracherai les trois cheveux d'or. "

Quand le soir arriva, le diable revint chez lui. A peine était-il entré qu'il remarqua une odeur extraordinaire. " Il y a du nouveau ici, dit-il; je sens la chair humaine. " Et il alla fureter dans tous les coins, mais sans rien trouver. L'hôtesse lui chercha querelle. " Je viens de balayer et de ranger, dit-elle, et tu vas tout bouleverser ici, tu crois toujours sentir la chair humaine. Assieds-toi et mange ton souper. "

Quand il eut soupé, il était fatigué; il posa su tête sur les genoux de son hôtesse, et lui dit de lui chercher un peu les poux; mais il ne tarda pas à s'endormir et à ronfler. La vieille saisit un cheveu d'or, l'arracha et le mit de côté. " Hé, s'écria le diable, qu'as-tu donc fait?

- J'ai eu un mauvais rêve, dit l'hôtesse, et je t'ai pris par les cheveux.

- Qu'as-tu donc rêvé? demanda le diable.

- J'ai rêvé que la fontaine d'un marché, qui versait toujours du vin, s'était arrêtée et qu'elle ne donnait plus même d'eau; quelle en peut être la cause?

- Ah! si on le savait! répliqua le diable: il y a un crapaud sous une pierre dans la fontaine; on n'aurait qu'à le tuer, le vin recommencerait à couler. "

L'hôtesse se remit à lui chercher les poux; il se rendormit et ronfla de façon à ébranler les vitres. Alors elle lui arracha le second cheveu. " Heu! que fais-tu? s'écria le diable en colère.
- Ne t'inquiète pas, répondit-elle, c'est un rêve que j'ai fait.

- Qu'as-tu rêvé encore? demanda-t-il.

- J'ai rêvé que dans un pays il y a un arbre qui portait toujours des pommes d'or, et qui n'a plus même de feuilles; quelle en pourrait être la cause?

- Ah! si on le savait! répliqua le diable: il y a une souris qui ronge la racine; on n'aurait qu'à la tuer, il reviendrait des pommes d'or à l'arbre; mais si elle continue à la ronger, l'arbre mourra tout à fait. Maintenant laisse-moi en repos avec tes rêves. Si tu me réveilles encore, je te donnerai un soufflet. "

L'hôtesse l'apaisa et se remit à lui chercher ses poux jusqu'à ce qu'il fût rendormi et ronflant. Alors elle saisit le troisième cheveu d'or et l'arracha. Le diable se leva en criant et voulait la battre; elle le radoucit encore en disant: " Qui peut se garder d'un mauvais rêve?

- Qu'as-tu donc rêvé encore? demanda-t-il avec curiosité.

- J'ai rêvé d'un passager qui se plaignait de toujours passer l'eau avec sa barque, sans que personne le remplaçât jamais.

- Hé! le sot! répondit le diable: le premier qui viendra pour passer la rivière, il n'a qu'à lui mettre sa rame à la main, il sera libre et l'autre sera obligé de faire le passage à son tour. "

Comme l'hôtesse lui avait arraché les trois cheveux d'or, et qu'elle avait tiré de lui les trois réponses, elle le laissa en repos, et il dormit jusqu'au matin.
Quand le diable eut quitté la maison, la vieille prit la fourmi dans les plis de sa robe et rendit au jeune homme sa figure humaine. " Voilà les trois cheveux, lui dit-elle; mais as-tu bien entendu les réponses du diable à tes questions?

-Très bien, répondit-il, et je m'en souviendrai.

- Te voilà donc hors d'embarras, dit-elle, et tu peux reprendre ta route. "

Il remercia la vieille qui l'avait si bien aidé, et sortit de l'enfer, fort joyeux d'avoir si heureusement réussi.

Quand il arriva au passager, avant de lui donner la réponse promise, il se fit d'abord passer de l'autre côté, et alors il lui lit part du conseil donné par le diable: " Le premier qui viendra pour passer la rivière, tu n'as qu'à lui mettre ta rame à la main. "

Plus loin, il retrouva la ville à l'arbre stérile; la sentinelle attendait aussi sa réponse: " Tuez la souris qui ronge les racines " dit-il, et les pommes d'or reviendront. " La sentinelle, pour le remercier, lui donna deux ânes chargés d'or.

Enfin il parvint à la ville dont la fontaine était à sec. Il dit à la sentinelle: " Il y a un crapaud sous une pierre dans la fontaine; cherchez-le et tuez-le, et le vin recommencera à couler en abondance. " La sentinelle le remercia et lui donna encore deux ânes chargés d'or.

Enfin, l'enfant né coiffé revint près de sa femme, qui se réjouit dans son cœur en le voyant de retour et en apprenant que tout s'était bien passé. Il remit au roi les trois cheveux d'or du diable. Celui-ci, en apercevant les quatre ânes chargés d'or, fut grandement satisfait et lui dit: " Maintenant toutes les conditions sont remplies, et ma fille est à toi. Mais, mon cher gendre, dis-moi d'où te vient tant d'or, car c'est un trésor énorme que tu rapportes.

- Je l'ai pris, dit-il, de l'autre côté d'une rivière que j'ai traversée; c'est le sable du rivage.

- Pourrais-je m'en procurer autant? lui demanda le roi, qui était un avare.

- Tant que vous voudrez, répondit-il. Vous trouverez un passager; adressez-vous à lui pour passer l'eau, et vous pourrez remplir vos sacs. "

L'avide monarque se mit aussitôt en route, et arrivéau bord de l'eau, il fit signe au passager de lui amener sa barque. Le passager le fit entrer, et, quand ils furent à l'autre bord, il lui mit la rame à la main et sauta dehors. Le roi devint ainsi passager en punition de ses péchés.

" L'est-il encore?

- Eh! sans doute, puisque personne ne lui a repris la rame. "

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